
Removal vs avoidance
Les deux grandes typologies de crédits, comment choisir et combiner
Acheteurs corporate qui doivent construire un portefeuille carbone cohérent.
Un crédit removal séquestre activement du CO₂ déjà émis. Un crédit avoidance empêche une émission future. Ce sont deux logiques complémentaires, chacune utile dans un portefeuille équilibré.
Les crédits carbone se déclinent en deux grandes familles. La distinction la plus structurante : retire-t-on activement du CO₂ de l'atmosphère, ou évite-t-on qu'il y aille ? Comprendre ce que chacune apporte permet de construire un portefeuille cohérent avec votre stratégie climat.
Removal : séquestre du CO₂ déjà émis (sols, forêts, biochar, DAC, BECCS).
Avoidance : empêche une émission future (REDD+, cookstoves, ENR).
Avoidance : 3 à 15 €/tCO₂e. Removal : 20 à 1000 €/tCO₂e selon le type.
Removal : retirer activement du CO₂
Un crédit removal correspond à une tonne de CO₂ retirée de l'atmosphère et stockée. Cette catégorie couvre une grande diversité de projets. Côté nature-based : les sols agricoles régénératifs, l'agroforesterie, les nouvelles plantations forestières, la restauration de mangroves, la régénération de tourbières. Côté technologique : le biochar industriel, le Direct Air Capture (DAC) qui extrait le CO₂ de l'atmosphère et le stocke en sous-sol, le BECCS (Bioenergy with Carbon Capture and Storage) qui combine bioénergie et capture, la carbonatation accélérée du béton ou des roches basaltiques. Le point commun : on mesure une masse de CO₂ effectivement retirée, et on la stocke dans un puits identifié.
Avoidance : empêcher une émission future
Un crédit avoidance correspond à une émission future qu'on a empêchée par rapport à un scénario de référence. Les principaux types : la déforestation évitée (REDD+), les cuiseurs propres (clean cookstoves) remplaçant des feux de bois en pays en développement, les énergies renouvelables qui se substituent à des centrales fossiles, l'efficacité énergétique industrielle. L'avoidance finance des actions à fort effet de levier : protéger une forêt menacée, donner accès à une cuisson propre à des millions de foyers, accélérer le déploiement d'énergies décarbonées dans des contextes où elles ne seraient pas économiquement viables sans le crédit. La méthodologie repose sur un scénario de référence (baseline) qui décrit ce qui se serait passé sans le projet. Les baselines ont gagné en rigueur ces dernières années : la méthodologie Verra VM0048 (2023) pour la déforestation évitée intègre des baselines régionales standardisées, et plusieurs autres méthodologies sont en cours de révision pour répondre aux attentes ICVCM.
Deux logiques complémentaires, pas concurrentes
Les deux familles servent des objectifs différents et complémentaires. Le removal apporte la séquestration vérifiable et la permanence longue, qui répondent à l'exigence d'alignement net-zero structurelle (règlement européen CRCF, attentes SBTi V2.0 sur les removals à mesure que l'horizon net-zero se rapproche). L'avoidance apporte l'effet de levier sur la conservation, l'accès à l'énergie propre dans les pays en développement, le soutien aux communautés locales, et un narratif social fort. Les cadres ICVCM et VCMI valident les deux familles dès lors que la méthodologie est intègre. La question pour un acheteur n'est donc pas « removal ou avoidance » mais « quel mix correspond à ma stratégie, mon budget et mon narratif ».
Critères qui comptent vraiment, au-delà du removal vs avoidance
La distinction removal/avoidance n'est pas le seul critère de qualité d'un crédit. Ce qui compte autant, voire davantage : la triade méthodologie + audit + registre. Un crédit removal certifié sous une méthodologie peu robuste vaut moins qu'un crédit avoidance certifié CCP-approved par l'ICVCM. Inversement, un crédit avoidance sur méthodologie ancienne sans révision pèse moins qu'un removal CCP-approved récent. Le réflexe : ne pas trier sur le seul critère removal/avoidance, mais regarder le standard, la méthodologie utilisée, le statut CCP, le buffer pool, le vintage et la traçabilité. Ces critères s'appliquent identiquement aux deux familles : un cookstove Gold Standard sur méthodologie révisée et un projet de séquestration sols Gold Standard sont tous deux des actifs robustes.
Les prix observés en 2024-2026
Les prix sur le marché volontaire reflètent à la fois la typologie et la qualité méthodologique. Pour l'avoidance : crédits forestiers REDD+ entre 5 et 15 €/tCO₂e, cookstoves et efficacité énergétique entre 3 et 10 €/tCO₂e. Pour le removal nature-based : afforestation entre 20 et 60 €/tCO₂e, sols agricoles certifiés Gold Standard entre 80 et 200 €/tCO₂e. Pour le removal technologique : biochar entre 100 et 250 €/tCO₂e, DAC et BECCS entre 300 et 1 000 €/tCO₂e. Les facteurs qui poussent les prix : statut CCP-approved, traçabilité géographique fine, vintage récent, co-bénéfices vérifiables, vérification VVB de premier rang. La tendance 2024-2026 est à l'écart croissant entre crédits haute intégrité et crédits commodity, qui dévalorisent.
Construire un mix de portefeuille
Le bon réflexe est de composer un portefeuille mixte plutôt que de tout miser sur une seule famille. Plusieurs profils de mix coexistent selon la stratégie. Profil narratif territorial : majorité de removal nature-based en France et en Europe (sols, agroforesterie), avec une part avoidance ciblée sur des projets à fort impact social. Profil contribution mondiale : équilibre entre removal nature-based, removal technologique pour la permanence longue, et avoidance haute intégrité (REDD+ CCP-approved, cookstoves Gold Standard) pour l'effet de levier sur la conservation et l'accès à l'énergie. Profil net-zero strict : part removal montante à mesure que l'horizon net-zero approche, avec biochar et DAC pour la permanence longue. Dans tous les cas, l'avoidance haute intégrité reste une composante légitime du portefeuille, valorisée par les cadres ICVCM et VCMI. La répartition exacte dépend du budget, du secteur, du narratif et des exigences de reporting.
Documenter la part removal pour le reporting
L'ESRS E1-7 de la CSRD demande explicitement de documenter la part removal vs avoidance des crédits utilisés. Le SBTi V2.0 intégrera également une exigence renforcée. Concrètement, dans votre rapport, indiquez pour chaque projet : volume tCO₂e, type (removal nature-based / removal technologique / avoidance), géographie, standard, vintage, statut CCP. Et au niveau du portefeuille : la part agrégée removal vs avoidance en pourcentage des tonnes acquises. Cette information rassure l'auditeur et l'investisseur, et signale une stratégie consciente de l'évolution du marché.
Demandez systématiquement la part removal vs avoidance d'un portefeuille avant d'acheter. Cette information doit figurer dans votre rapport ESRS E1-7.
Questions fréquentes
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