🎯Lecture 5 min

SBTi et BVCM : pourquoi le carbone sol est éligible

Le cadre Beyond Value Chain Mitigation et la place du carbone sol agricole

À retenir en 30 secondes

Le BVCM (Beyond Value Chain Mitigation) du SBTi, publié en avril 2024, encourage les entreprises à investir au-delà de leur chaîne de valeur. Le carbone sol agricole européen certifié remplit tous les critères d'éligibilité : vérification tiers, additionnalité, permanence, pas de double comptage.

Le Science Based Targets initiative (SBTi) est devenu la référence pour les trajectoires net-zero corporate. Son cadre BVCM, publié en avril 2024, structure ce que les entreprises peuvent faire au-delà de leur chaîne de valeur. Le carbone sol agricole européen y trouve une place naturelle. Voici comment.

🎯

BVCM publié avril 2024 : encourage l'investissement hors chaîne de valeur en complément de la réduction.

Crédits éligibles : avoidance et removal vérifiés tiers, additionnels, sans double comptage.

🔄

Net-Zero V2.0 (publication mi-à-fin 2026) renomme BVCM en « ongoing emissions responsibility ».

📅

Volontaire jusqu'en 2035, obligatoire ensuite pour les entreprises validées SBTi.

Ce qu'est le SBTi et son rôle

Le Science Based Targets initiative (SBTi) est une initiative conjointe lancée en 2015 par CDP, le UN Global Compact, le World Resources Institute et le WWF. Son objectif : aider les entreprises à définir des trajectoires de réduction d'émissions alignées sur la science climatique (limiter le réchauffement à 1,5°C). Le SBTi valide les engagements selon une méthodologie publique : objectifs court terme (5-10 ans), objectifs net-zero long terme, périmètre couvrant les scopes 1, 2 et 3 (incluant la chaîne de valeur amont et aval). À fin 2025, plus de 7 000 entreprises ont fait valider une trajectoire SBTi, dont une grande partie en Europe. Pour les responsables ESG, la validation SBTi est un signal de crédibilité majeur, attendu par les investisseurs et les analystes.

Beyond Value Chain Mitigation : le concept

Le BVCM, publié en avril 2024 dans un document officiel SBTi, formalise une question simple : « que peut faire une entreprise au-delà de sa propre chaîne de valeur pour contribuer à la lutte climatique ? ». La réponse SBTi : investir dans des activités d'atténuation et de removal hors de son périmètre d'opérations directes. Concrètement : financer des projets de séquestration carbone (sols, forêts, biochar, DAC), des projets d'évitement (REDD+, cuisson propre, énergies renouvelables dans pays en développement), des solutions communautaires de résilience climatique. Le BVCM est volontaire pour les entreprises validées SBTi, mais le SBTi recommande fortement son adoption. Il s'inscrit dans une logique de contribution (pas de compensation) : les fonds investis ne « neutralisent » pas les émissions résiduelles, ils financent des actions complémentaires à la trajectoire de réduction.

Les critères d'éligibilité d'un crédit BVCM

Le SBTi définit cinq critères d'éligibilité pour qu'un crédit puisse être comptabilisé dans une stratégie BVCM. (1) Vérification tiers indépendante par un Validation/Verification Body (VVB) accrédité. (2) Activité 2021 ou postérieure : les crédits issus de projets démarrés avant 2021 ne sont pas éligibles dans la doctrine SBTi V1.3 (cette date pourra évoluer). (3) Additionnalité démontrée. (4) Permanence avec mécanisme de gestion du risque de réversion (buffer pool ou équivalent). (5) Pas de double comptage : le crédit ne doit pas être comptabilisé dans l'inventaire NDC d'un État sans corresponding adjustment. Le SBTi encourage en plus le statut CCP-approved par l'ICVCM, qui constitue une preuve d'intégrité. Les crédits sols européens certifiés Verra VM0042 v2.2 (CCP-approved), Gold Standard SOC 402.x (vérifié tiers, rigoureux) ou Label Bas-Carbone (cadre national reconnu) répondent à ces critères.

Pourquoi le carbone sol agricole est particulièrement adapté

Plusieurs caractéristiques rendent le carbone sol agricole européen pertinent pour le BVCM. (1) Il combine removal (séquestration active dans le pool stable du sol) et co-bénéfices documentés (biodiversité, eau, soutien rural), donc il alimente plusieurs dimensions ESG simultanément. (2) Les méthodologies sont matures et auditées : Verra VM0042 v2.2 est CCP-approved, Gold Standard SOC 402.x impose le Paris-aligned obligatoire dès 2026. (3) La proximité géographique avec les acheteurs européens facilite l'audit physique et le narratif territorial. (4) Le cadre réglementaire (PAC, CRCF) sécurise la durabilité économique des projets, ce qui renforce la permanence des pratiques. (5) Les volumes disponibles permettent de scaler la contribution annuellement, à des prix défensifs (80 à 200 €/tCO₂eq). Pour une entreprise SBTi avec une stratégie BVCM ambitieuse, allouer 30 à 60 % du budget BVCM aux sols européens est cohérent.

Le mix recommandé : removals longue durée vs courte durée

La V2.0 du Corporate Net-Zero Standard (en consultation publique novembre 2025, publication mi-à-fin 2026) introduit une exigence de mix entre removals longue durée et courte durée. Schéma typique : 41 % de removals longue durée (DAC, BECCS, biochar avec stockage longue durée), 59 % de removals courte durée ou longue durée additionnelle (sols agricoles, agroforesterie, restauration de tourbières). Ce ratio évolue avec l'horizon : à mesure qu'on approche le net-zero (2050 typiquement), la part removal longue durée monte à 60-70 %. Les sols agricoles, classés en removal courte durée (semi-permanent), restent éligibles dans cette approche. Pour les entreprises avec des engagements 2030 (par exemple les leaders de l'agroalimentaire), le mix actuel privilégiant les sols est défendable. Pour les engagements 2050, monter progressivement la part DAC ou biochar est anticipé.

Le calendrier de l'obligation BVCM

Le BVCM est aujourd'hui volontaire pour toutes les entreprises validées SBTi. Le SBTi a annoncé en 2024 une trajectoire vers son rendu obligatoire à partir de 2035 pour les entreprises avec un engagement net-zero validé. La logique : laisser une période d'apprentissage (5-10 ans) pour structurer les processus, sourcer les crédits, intégrer le BVCM dans la gouvernance ESG, avant de basculer vers l'obligation. Pour un responsable RSE en 2026, deux choix se présentent. (1) Démarrer maintenant volontairement, ce qui apporte un signal d'avant-garde, sécurise l'apprentissage, et facilite la transition vers l'obligation 2035. (2) Attendre l'obligation, ce qui retarde mais ne soustrait pas aux exigences. La grande majorité des entreprises SBTi sérieuses optent pour la première option.

« Ongoing emissions responsibility » : le futur vocabulaire

La V2.0 du Corporate Net-Zero Standard, en consultation publique en novembre 2025, renomme le BVCM en « ongoing emissions responsibility » (responsabilité continue pour les émissions). Le changement n'est pas cosmétique : il signale que la contribution carbone n'est pas un acte ponctuel mais une responsabilité permanente, de la même nature que la trajectoire de réduction. La V2.0 doit être publiée mi à fin 2026, applicable progressivement à partir de 2028. Pour les responsables RSE, ce vocabulaire est utile : il aide à internaliser que la contribution carbone fait partie du package corporate (au même titre que les emplois, la fiscalité, l'innovation), pas d'un projet annexe.

Comment intégrer le BVCM dans sa gouvernance

Quatre étapes opérationnelles. (1) Définir un budget BVCM annuel, en pourcentage des émissions résiduelles ou en valeur absolue (par exemple : 2 % du budget RSE). (2) Définir une politique d'allocation : combien aux removals longue durée, combien aux sols, combien aux avoidance, combien à des projets territoriaux. (3) Choisir les standards : Verra VM0042 v2.2, Gold Standard SOC, Label Bas-Carbone selon les axes prioritaires. (4) Documenter la contribution dans le rapport annuel et le rapport CSRD ESRS E1-7. La gouvernance interne doit articuler RSE, achats, juridique, finance. Beaucoup d'entreprises créent un comité BVCM trimestriel pour suivre les engagements, valider les sourcing et préparer le reporting. C'est cette discipline qui distingue les leaders des suiveurs en 2026.

En pratique

Pour démarrer le BVCM, l'allocation type 2026 est : 50 à 60 % en removals nature-based européens (sols agricoles, agroforesterie), 20 à 30 % en removals longue durée (biochar, DAC pour les ambitieux), 10 à 20 % en avoidance haute intégrité CCP-approved.

Questions fréquentes

Prêt à passer à l'action ?

Découvrir l'accompagnement acheteurs

Photographies : Unsplash